Exposition « Les traversĂ©es d’Anita Conti » — entre documentaire et poĂ©sie
Le 07/10/2026 par seine avenue
En tant que compagnie de navigation, Seine Avenue est férue de bateaux, d’univers nautiques, d’affaires historiques et aquatiques. Depuis qu’elle est associée à Quai de la Photo où se trouve sa marina, Seine Avenue s’intéresse aussi davantage à la photographie. Alors comment ne pas y proposer un évènement photo à caractère nautique !? À l’occasion des 15 ans que fête l’entreprise cette année, l’équipe a souhaité porter le commissariat d’une exposition à Quai de la Photo qui fasse écho aux bateaux qui y sont amarrés.
C’est ainsi que « Les Traversées d’Anita Conti — entre documentaire et poésie » a eu lieu, du 5 mai au 7 juin derniers, avec le concours de plusieurs partenaires et interlocuteurs. Retour en images et en anecdotes sur le vernissage et la réalisation de cet évènement consacré à l’œuvre de la Dame de la Mer, que la compagnie a été heureuse d’offrir au public pendant un mois.

Il existe des œuvres qui documentent le monde, et d’autres qui le rêvent.
Les travaux d’Anita Conti se situent à la rencontre de ces deux approches. Première femme océanographe française, elle observe, photographie et écrit toute sa vie, nourrie par une expérience directe et prolongée de la mer. Les longues traversées aux côtés des marins au travail, dans des conditions souvent difficiles, forgent sa pratique et sa pensée. Elle transmet la puissance de ces expériences dans ses récits d’expédition, mais aussi dans ses poèmes, récemment publiés (Anita Conti, poète, océanographe, Les Carnets du Dessert de Lune, 2025).
De même, ses photographies révèlent un regard documentaire à la fois aiguisé et sensible. Avec attention et délicatesse, elle suit les hommes, la vie à bord, l’horizon, offrant un témoignage unique du monde maritime du XXe siècle. L’exposition propose de découvrir la poésie de l’œuvre d’une femme d’exception, en naviguant à travers une trentaine de ses photographies, mises en regard avec ses poèmes.

EntrĂ©e de l’exposition © CĂ©lia Lebarbey / Anita Conti dĂ©veloppant ses films dans la cambuse Ă filets du chalutier Terre-Neuvas Vikings, photographe inconnu.
TraversĂ©es maritimes, traversĂ©es photographiques et poĂ©tiques…
La vision du monde singulière d’Anita Conti tient notamment Ă la navigation, comme d’autres la doivent Ă la marche : une manière d’ĂŞtre en mouvement, fluctuante, qui engage une relation sensible au monde, et plus particulièrement Ă la mer. Ses photographies enregistrent autant qu’elles rĂ©vèlent une façon unique de regarder, portĂ©e par une acuitĂ© Ă la fois intense et dĂ©licate. Ses poèmes, quant Ă eux, ne se dĂ©tachent jamais complètement de l’expĂ©rience concrète : ils en prolongent les gestes, la solitude, les rĂŞveries, et la mĂ©moire du corps. RĂ©unissant photographies et poèmes, l’exposition propose une lecture renouvelĂ©e de l’univers de l’ocĂ©anographe, pour qui observer, Ă©crire et photographier procèdent d’un mĂŞme Ă©lan. L’horizon formĂ© par les images trace une ligne, Ă la manière d’un cap maintenu, qui permet aux mots de se dĂ©ployer, de circuler, de nous entraĂ®ner plus loin.
J’irai sur la route enchantĂ©e
Rieuse Ă pleines dents,
ou lasse et mi-crevée.
J’irai quand mĂŞme
Les yeux ouverts en grand,
le front levé
Puisque jamais ne sommes gardés
Que par nous-mĂŞme…
J’irai, rieuse Ă pleines dents
ou pâle et mi crevée
Et puis luttant et m’Ă©puisant,
et puis finie, rongée, mangée
Dissoute et emportée
Balancée à jamais
dans tes bras sans visage
Océan
années 1950-1960

Visiteurs dans la cale de Quai de la Photo devant les photos et extraits de poèmes d’Anita Conti © Marion Briffod.
L’association libre de fragments poĂ©tiques et d’images restitue une pensĂ©e qui avance par vagues, par touches successives, plutĂ´t que selon une dĂ©monstration linĂ©aire. Rien ici n’est explicatif ; tout repose sur des Ă©chos, des correspondances, des rĂ©sonances. Le dialogue entre ces deux formes invite ainsi Ă parcourir l’Ĺ“uvre d’Anita Conti comme on progresse sur l’eau : selon des lignes de force, des mouvements parfois imprĂ©visibles, des glissements sensibles. Cet Ă©cho Ă la navigation, dans les manières d’ĂŞtre et d’agir, prend tout son sens au sein d’un bateau dĂ©diĂ© Ă la photographie. L’exposition propose de partager l’attitude Ă la fois dynamique et dĂ©licate d’Anita Conti face au monde aquatique, un milieu vivant, Ă©galement habitĂ© par les humains et leurs mĂ©tiers. Ici, l’image n’illustre pas le texte, pas plus que le poème ne lĂ©gende la photographie. C’est dans l’Ă©cart entre les deux que quelque chose advient : un espace oĂą chacun peut se situer, voguer et rĂŞver.

Quelques unes des photos d’Anita Conti prises dans les annĂ©es 1930 et 1950, sur les quelques 40 000 qu’elle lĂ©gua avec ses archives Ă la ville de Lorient © Marion Briffod.
Arthur François, co-directeur d’exploitation de Seine Avenue, et Marion Briffod, photographe et curatrice indépendante, ont assuré le commissariat de cette exposition, avec l’assistance de Célia Lebarbey, chargée de communication de Seine Avenue. L’exposition a été rendue possible par l’autorisation et le soutien de Laurent Girault-Conti, fils adoptif et ayant droit d’Anita Conti, ainsi qu’avec la complicité du musée de Fécamp (76) : les Pêcheries. Cette institution publique normande a en effet prêté une partie des tirages photographiques exposés. Nous tenons donc à lui exprimer notre gratitude, et plus particulièrement à Mme Nadège Sébille-Santiago, adjointe au directeur et chargée des collections, pour sa disponibilité et son accueil.

Marion réceptionnant les tirages photos dans les réserves des collections du musée de Fécamp © Célia Lebarbey.

Les PĂŞcheries, musĂ©e de FĂ©camp, et l’un des bassins du port de FĂ©camp © CĂ©lia Lebarbey.
Nous avons par ailleurs eu l’honneur de partager le vernissage de l’exposition, le 7 mai 2026, avec Jacques Rougerie, architecte, académicien et océanographe. Ami d’Anita Conti, c’est sur sa péniche parisienne qu’en janvier 1986 elle rencontre Laurent Girault-Conti, qui vient d’illustrer la couverture du livre Les Enfants du capitaine Nemo, d’Hugo Verlomme et Jacques Rougerie. C’est en effet à l’occasion du cocktail de lancement du livre que l’architecte de la mer les présente, leur passion commune pour l’océan et les arts les réunissant. Jacques nous a ravi de sa présence, son enthousiasme et ses anecdotes à propos de cette pionnière, dans le sillage de qui il s’inscrit, lui aussi à sa manière.

Jacques Rougerie avec Philippe Fournier, prĂ©sident de Seine Avenue, devant le portrait d’Anita Conti © Marion Briffod.
Enfin, à l’occasion de la journée mondiale de l’Océan et dans le cadre du programme culturel “Parcours Océan”, nous avons eu le plaisir d’accueillir Laurent Girault-Conti à bord de notre bateau Zéro de Conduite pour une lecture publique. Au cours d’une navigation dans le centre de Paris, une douzaine de participants ont pu davantage découvrir la poésie d’Anita Conti, interprétée par celui qui partagea les douze dernières années de sa vie.
NOTRE ACTUALITÉ
Nous vous invitons à découvrir l’univers singulier de la Seine, où se côtoient les flâneurs occasionnels et les travailleurs du quotidien, où des bateaux de toutes tailles se croisent et se saluent. À l’aune des défis fluviaux contemporains, Seine Avenue mène rénovations et innovations pour adapter son activité. Il s’agit pour nous de participer à un usage durable du fleuve afin de partager davantage la magie de celui-ci.
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