Rencontre à bord de Farö avec le photographe Bill Bernstein

Le 01/04/2026 par seine avenue

À l’occasion de l’exposition The Beat Goes On! présentée à Quai de la Photo, nous avons rencontré le photographe Bill Bernstein lors d’une croisière sur la Seine. Figure incontournable de la scène new-yorkaise des années 1970 et 1980, il est connu pour ses images emblématiques de la vie nocturne, notamment au Studio 54 et au Paradise Garage. À travers son regard, Bernstein a su capturer l’énergie brute, la liberté et l’effervescence d’une époque où musique, danse et image ne faisaient qu’un.

Nous avons profité de cet instant partagé avec Bill Bernstein pour l’interroger sur son rapport à la navigation et sur ces moments suspendus qui continuent de nourrir et de faire vibrer son travail aujourd’hui.

New York est façonnée par l’eau, le fleuve Hudson, l’East River, le port. Ces voies d’eau font-elles écho à des voyages que vous avez faits auparavant en bateau ou sur des rivières ailleurs dans le monde ?

New York m’a toujours semblé être une ville portée par l’eau. Bien avant d’en comprendre l’histoire ou d’en photographier la vie nocturne, l’eau faisait déjà partie de ma manière d’apprendre à regarder le monde.

Quand j’étais enfant, mon père a acheté un bateau. Certains week-ends, nous remontions et descendions l’Hudson en famille. Ces moments m’ont profondément marqué, la lenteur du mouvement, la lumière changeante, la façon dont la ville s’adoucissait dès que l’on s’éloignait du rivage. Depuis l’eau, New York apparaissait autrement : moins dure, plus énigmatique, presque cinématographique.

Je crois que ces premières traversées m’ont appris l’essentiel, observer plutôt que se précipiter, être attentif à l’atmosphère, aux reflets, aux nuances. L’Hudson n’était pas simplement un décor , c’était un cadre en mouvement, en transformation constante, à l’image même de la photographie.

©Bill Bernstein

Plus tard, lorsque j’ai voyagé par bateau ou le long de fleuves dans d’autres régions du monde en traversant des ports, en passant d’île en île, ou en suivant des cours d’eau inconnus cette sensation revenait toujours. Celle d’être en transition. Entre deux destinations. À observer le monde à une certaine distance.

Oui, les voies d’eau de New York résonnent profondément en moi. Elles relient la ville non seulement dans l’espace, mais aussi dans le temps à l’enfance, à la famille, et à ces premiers instants où j’ai compris que ce sont les trajets, plus que les destinations, qui façonnent notre regard.

Beaucoup de vos photographies naissent de la proximité — être proche des personnes, proche des gestes. À New York, où la distance et la vitesse dominent, comment parvenez-vous à créer cette proximité ?

Pour moi, la proximité n’a jamais été seulement une question de distance physique — c’est une question de permission.

New York est rapide, bruyante, en mouvement constant. Les gens s’y protègent par la vitesse. J’ai donc compris très tôt que, si l’on veut atteindre une forme d’intimité dans un tel environnement, on ne peut pas la forcer. Il faut la mériter.

Lorsque je photographiais dans des clubs comme le Studio 54 ou le Paradise Garage, je ne faisais pas que passer avec un appareil photo. Je revenais, nuit après nuit. Les gens ont commencé à me reconnaître. Je n’étais plus un étranger à la recherche d’images je faisais partie du décor. À partir de ce moment-là, l’appareil photo a cessé d’être une barrière pour presque disparaître.

C’est alors que les gestes se révèlent : un regard, une main posée sur une épaule, un moment de relâchement. Ces choses n’apparaissent que lorsque les gens se sentent suffisamment en confiance pour oublier qu’ils sont observés.

Je pense que la proximité naît de la présence. D’écouter plus que de parler. De rester assez longtemps pour que la mise en scène s’efface. Dans une ville obsédée par la vitesse, j’ai ralenti et c’est là que la proximité est apparue. Ces photographies ne parlent pas de proximité physique. Elles parlent de proximité émotionnelle.

© Bill Bernstein

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© crédit photo : Marion Briffod

L’exposition « The Beat Goes on! »est à découvrir à Quai de la Photo jusqu’au 24 avril 2026.

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