Les ponts de Paris. Épisode 1 : Le Pont Neuf

Vivre avec le fleuve, c’est vivre en mouvement et se réinventer perpétuellement

37 traits d’union entre deux rives, qui retiennent parfois les îles de suivre le courant et de se jeter dans la mer avec la Seine.

Ils ont souvent des pieds dans l’eau, bottes de sept lieux qui résistent à un courant sans fin. Quand on s’arrête devant leurs piles, on voit ces proues immobiles, fendre pourtant les flots comme pour revenir à la source.

Chaque pont visible aujourd’hui a son histoire, bien sûr, mais certains méritent qu’on s’y attarde un peu.

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Episode 1 : Le Pont Neuf

Le pont Neuf  est le plus ancien de tous les ponts de Paris visibles aujourd’hui. D’autres plus anciens que lui, en bois, ont disparus. D’autres encore, construits après lui, ont aussi été détruits, remplacés.

Commencé sous Henri III en 1578, il sera achevé en 1607, sous Henri IV, dont la statue équestre, d’inspiration antique est installée entre les deux parties du pont. Elle a été fondue à la Révolution et restaurée… sous la Restauration. 

Il a résisté au temps et ne montre aucun signe de faiblesse. Ses fondations sont en bois, comme celles de Notre Dame ou de Venise, faites de forêts de pieux enfoncés dans le lit de la Seine.

L’ensemble qu’il forme avec la place Dauphine (du dauphin, le futur Louis XIII) constitue l’un des premiers projets d’aménagement urbain à Paris.

Giuseppe Canella – La Cité et le Pont-Neuf, vus du quai du Louvre, 1832 (Musée Carnavalet)

Il était neuf, ce pont, non pas de sa toute récente construction, ce qui était le cas de tous les ponts construits au début de leur carrière, mais neuf de sa nouveauté, de sa modernité. Il était le premier à être construit en pierre, depuis longtemps ; le premier à être doté de trottoirs, pour y cheminer en sécurité et à l’abri des souillures de la chaussée carrossable ; le premier à ne pas être couvert de maisons. Il y eu bien des échoppes au dessus de chaque pile, comme les échauguettes d’un château fort, mais de loin en loin et sans étage.

Boutique sur le Pont-Neuf en 1848, d’après une gravure de Martial – 1848

Sous ces échoppes, il y avait des réserves, des caves, nichées dans l’épaisseur des piles et reliées entre elles par un souterrain, sous le tablier du pont. 

Les alvéoles qui surplombent la Seine, débarrassées au XIXème siècle des échoppes qui les occupaient, sont aujourd’hui parmi les plus beaux bancs publiques de Paris. Adolescent, c’était une des destinations favorites de mes excursions à vélo ou à mobylette. Je m’y installais des heures, en surplomb au dessus de la Seine, lisant, contemplant au soleil.

Une alvéole du pont-neuf

Et puisque j’en suis aux souvenirs personnels, j’ai beaucoup aimé l’emballage du pont par Christo et Jeanne-Claude, en 1985. Je révisai alors mon examen de passage en deuxième année d’architecture. Mon école était toute proche, rive gauche. Les escaliers qui descendent au square du Vert Galant avait aussi été tapissés de toile ; les sons de la ville y étaient étouffés. Assis sur les marches, j’avais trouvé là un lieu pour me concentrer, ce qui était précieux pour moi.

Sur le massif mur de soutènement qui contient cet escalier, en contrebas, à l’aval, on peut lire sur une petite plaque que Jacques de Molay, dernier Grand maître de l’Ordre du Temple, a été brûlé ici en mars 1314. Le bûcher aurait en fait sans doute été quelque part sous l’actuelle place Dauphine…

On ne sait pas ce que furent ses dernières paroles, à l’adresse du Pape Clément et du roi Philippe (IV, dit le Bel), mais Maurice Druont dans les Rois maudits le met en scène maudissant ses bourreaux avec ces mots : « Pape Clément ! Chevalier Guillaume ! Roi Philippe ! Avant un an, je vous cite à comparaître devant le tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment. Maudits ! Maudits ! Soyez tous maudits jusqu’à la treizième génération de vos races ! » 

Avec les mascarons du Pont, la pompe de la Samaritaine, le barrage-écluse de la Monnaie, et sans doute bien d’autre curiosités, cette extrémité de l’île de la Cité, ce berceau flottant de Paris est un lieu dense, toujours à la pointe… Est-ce une proue, une poupe ? Tout dépend du point de vue.

Vue du Pont Neuf et de la pompe de la Samaritaine à Paris en 1743 – Hyacinthe de la Peigne – musée des Beaux-Arts de Vienne

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L’article est écrit par Philippe Fournié

Il y a tout juste un an, 85 bateaux ont transporté près de 6 800 athlètes sur six kilomètres, entre le pont d’Austerlitz et le pont d’Iéna, transformant la Seine en théâtre à ciel ouvert pour la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024.

Ce moment restera gravé dans notre mémoire car parmi la flotte professionnelle mobilisée, Murano, Farö et Kaïros ont eu l’honneur de prendre part à cette traversée, guidés avec fierté par des membres de l’équipe Seine Avenue.

Murano et Farö ont d’ailleurs été classés parmi les cinq plus beaux du défilé par le New York Times, ainsi que par le magazine GQ (Lire l’article).

Murano, ambassadeur du Bhoutan

Murano a accueilli à son bord la délégation du Bhoutan, le « pays du bonheur ». Les athlètes étaient drapés de leurs habits traditionnels dont les couleurs se mariaient parfaitement avec les tons du bois de Murano. Un heureux hasard !

Farö & les Îles Caïmans

Farö a pour sa part eu l’honneur de transporter la délégation olympique des Îles Caïmans lors de la cérémonie d’ouverture. Alors que la pluie s’invitait elle aussi à la fête, les athlètes ont sorti des parapluies transparents qui donnèrent une allure un peu moins classique au bateau.


Il y avait derrière la magie de la cérémonie une préparation millimétrée. Pendant des semaines, nos équipages se sont prêtés à de nombreux entraînements sur la Seine, en répétant les parcours, les trajectoires, les manœuvres à respecter à la seconde près. Le défilé, diffusé en direct dans le monde entier, imposait une allure rigoureusement chronométrée, orchestrée avec une extrême précision.

Et à bord ? De l’eau plein les chaussures, des chemises devenues translucides, une pression intense qui retombe progressivement une fois les athlètes débarqués… mais surtout, la fierté d’avoir fait partie de cette aventure.

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À l’occasion de son exposition Naturalia – Les Chroniques de ruines contemporaines présentée sur la terrasse de Quai de la Photo, nous avons proposé au photographe spécialisé en urbex de prolonger l’expérience autrement.

Nous l’avons embarqué pour une excursion souterraine dans les entrailles du canal Saint-Martin, à bord de notre bateau Zéro de Conduite. Une façon de découvrir Paris sous un autre angle, dans un espace habituellement invisible.

Cette traversée faisait écho à son travail : des endroits figés dans le temps, où la nature revient peu à peu. Avec cette photographie, JONK prolonge son travail autour des espaces délaissés où le vivant refait surface. Une invitation à porter un regard neuf sur nos paysages urbains, à écouter ce que les lieux ont à nous dire.

© crédit photo : JONK

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L’exposition « Naturalia – Chroniques des ruines contemporaines » est à découvrir du 1 mai au 19 octobre 2025 sur la terrasse de Quai de la Photo.

Jonk (Jonathan Jimenez) est un photographe autodidacte français spécialisé dans l’exploration urbaine. Il parcourt le monde pour documenter des lieux abandonnés où la nature reprend ses droits, mêlant esthétique, écologie et mémoire. Il a exploré plus de 1 500 sites dans 50 pays, et publie des ouvrages remarqués comme Naturalia ou Baïkonour, ce dernier issu d’une expédition clandestine dans une base spatiale soviétique. Son travail est exposé à l’international et salué par des médias comme National Geographic ou Wired. Il interroge avec poésie la place de l’homme face au temps et à la nature.

Retrouvez les dernières actualités de JONK sur son site internet.

À l’occasion de l’exposition consacrée à la photographie malienne actuellement visible à Quai de la Photo, la photographe, académicienne et grande voyageuse Françoise Huguier, également initiatrice de la Biennale de Bamako, est montée à bord de Murano pour un voyage symbolique sur la Seine. Connue pour ses récits visuels aux confins du monde, elle est revenue sur son rapport intime aux fleuves, à la navigation, à la création et à la mémoire. Cette traversée est devenue un moment privilégié d’échange et de réflexion autour de son univers artistique et de l’importance du voyage dans son approche photographique.

La navigation ou l’idée du fleuve évoque-t-elle pour vous des souvenirs particuliers liés à vos voyages ?
Le premier fleuve qui m’évoque toute une histoire de vie, c’est le Mékong, en 1950 au Cambodge, quand j’étais prisonnière des vietminh à l’âge de 8 ans. Pour arriver au camp dans une forêt vierge, ils nous ont emmenés en pirogue de Kompong-Tiam à Kratié.

Et en 1980, j’ai eu la chance d’avoir un visa pour la Birmanie. J’ai circulé en bateau sur l’Irrawaddy, de Mandalay à Pagan, grand site archéologique bouddhique, avec de nombreux monastères, pagodes et temples. A toutes les escales, assez longues, j’ai pu photographier les petits ports.

Le Mali, tout comme d’autres lieux que vous avez parcourus, est souvent traversé par des fleuves. Cette proximité de l’eau a-t-elle influencé votre manière de voir ou de photographier ?

Au Mali coule le fleuve Niger… Les photos de Malick Sidibé, qu’il a faites sur les baigneurs au bord du Niger, notamment les femmes en maillot de bains et même nues, m’ont donné l’idée de prendre le bateau à Koulikoro qui est le port de Bamako, et d’aller jusqu’à Tombouctou. Ce qui m’a beaucoup inspirée, c’est avant Mopti et toute la région Peul, où les habitants venaient dans l’eau pour nous proposer des fruits et des légumes. J’ai pu ainsi photographier les gens de très près. A Tombouctou, je savais qu’il y avait des hippopotames dans le Niger, alors j’ai pris une pirogue pour aller les photographier. Malheureusement, les hippopotames dans l’eau, on ne voit que deux petites oreilles. Mais par chance, de l’autre côté du fleuve, est passé un troupeau de dromadaires, j’ai mitraillé et le dernier dromadaire est passé juste au moment où le piroguier bozo baissait la tête. Là j’ai appuyé sur le déclencheur. Et cette photo, où tout se passe à gauche, est devenue une photo iconique.

« Le pêcheur bozo, Tombouctou, 1988 ». Couverture de l’ouvrage de Françoise Huguier, « Sur les traces de l’Afrique fantôme » (éd. Maeght, 1990).© Françoise Huguier

Comment envisagez-vous le lien entre déplacement, observation et création dans votre travail ?

 Avant de me déplacer, je lis beaucoup — L’Afrique fantôme, sur les traces de Michel Leiris, ou sur la Sibérie polaire pour Kommunalka. Lire, ça me donne des idées. Parfois, sur place, ça ne correspond pas du tout au texte que j’ai lu…
Et ce qui est important pour moi, ce sont les gens, la lumière, les cadrages… Je n’ai jamais été influencée par les autres photographes, mais par les réalisateurs de cinéma, par exemple Tarkovski pour la Sibérie polaire.

Si vous deviez associer un mot ou une image à la Seine aujourd’hui, lequel choisiriez-vous ?

 Ce qui me marque quand je suis au Quai de la Photo, ce sont toutes les péniches qui passent. Je pensais qu’il y en avait de moins en moins, alors que chaque fois que je m’assois, que je regarde, j’en vois toujours beaucoup. Cela me fait penser au film L’Atalante de Jean Vigo.

© crédit photo : Marion Briffod

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L’exposition « Un autre Mali dans un autre monde » est à découvrir à Quai de la Photo jusqu’au 1er juin 2025.

Chaque saison, une nouvelle aventure s’écrit sur la Seine. À bord des bateaux de Seine Avenue, ce sont des femmes et des hommes passionnés qui œuvrent chaque jour pour offrir des moments suspendus entre ciel et eau, patrimoine et poésie. Aujourd’hui, je vous invite à découvrir ceux et celles qui font battre le cœur de notre flotte.


À la barre de cette saison 2025, on retrouve une belle complicité entre Yoan et Arthur, tous deux co-directeurs d’exploitation. Ils s’unissent pour garantir une synergie fluide entre les équipes et les opérations.


Du côté des chefs de bord, Balthazar et Rosa incarnent l’élégance et la maîtrise nécessaires pour accueillir les passagers avec professionnalisme et bienveillance, accompagnés de Térence et Claire, matelots attentifs, apportant leur attention au moindre détail.

Nos capitaines Laura, Nils, Arthur (oui, un deuxième !) et Jules prennent les commandes avec une maîtrise sans faille, veillant avec soin au bon déroulement de chaque croisière.

Pour que cette belle mécanique humaine et nautique soit soutenue, Philippe, fondateur de Seine Avenue, continue d’infuser sa vision à l’ensemble du projet. Il est accompagné de Gauthier, notre directeur commercial, dont l’énergie est tournée vers le développement et les partenariats.

En coulisses, Éloïse, chargée de relation client, est votre première voix, votre premier sourire, quand vous nous contactez. Martin, notre administrateur, assure pour sa part la stabilité des opérations internes.

En vous souhaitant une belle saison et de beaux moments à bord de nos bateaux 🌊

Derrière la caméra

Je m’appelle Marion, et si vous voyez passer des photos de cette belle équipe, des instants volés ou posés, c’est probablement moi derrière l’objectif. Mon rôle est d’illustrer le quotidien de ceux qui font vivre de belles expériences sur la Seine. À travers mes images, j’essaie de capturer l’âme de cette aventure humaine et flottante, entre reflets et vérités, entre gestes et sourires.À très vite pour la suite de la saison, sur les flots ou à travers mes images !

© crédit photo : Marion Briffod

Nous avons eu le privilège d’embarquer à bord de Murano l’artiste photographe Franck Desplanques, dont sa série HOMMAGE est actuellement exposée à Quai de la Photo. Cette navigation sur la Seine s’est transformée en un moment d’échange et de réflexion autour de son univers artistique et de l’importance du voyage dans son approche photographique.

Installé à bord, face au paysage mouvant de la capitale, Franck Desplanques nous a plongés dans son parcours et sa vision de la photographie. Il nous a raconté comment chaque déplacement façonne son regard et enrichit sa pratique. Le Murano, amarré à Quai de la Photo – centre culturel dédié à la photographie contemporaine à Paris –, s’est ainsi mué en un espace de dialogue, où l’artiste a partagé la manière dont ses rencontres et ses explorations nourrissent sa création.

À travers son objectif, Franck Desplanques capture la richesse des cultures autochtones à travers le monde. Son travail ne s’inscrit pas dans une simple démarche documentaire : il cherche à transcender les codes traditionnels pour livrer une vision sensible et immersive du quotidien de ces communautés. Loin d’une approche documentaire classique, ses images sont imprégnées d’une poésie visuelle qui restitue avec justesse les liens profonds entre les populations et leur environnement.

Le voyage est au cœur de sa démarche : bien plus qu’un déplacement, il est une rencontre permanente avec des territoires, des visages et des modes de vie. L’artiste ne se contente pas d’observer, il s’imprègne, écoute et comprend. Ses photographies sont le fruit de cette immersion, de cette proximité qu’il tisse avec les habitants et les paysages qu’il traverse. Chaque image devient ainsi un fragment de voyage, une invitation à découvrir des récits et des traditions souvent méconnus.

Dans le cadre de son exposition à Quai de la Photo, Franck Desplanques propose une plongée au cœur de ces univers lointains. Ses compositions, travaillées avec soin, jouent avec la lumière, la matière et les couleurs pour traduire l’essence des instants capturés. Son regard, à la fois attentif et poétique, fait de son travail une véritable odyssée visuelle, entre réel et imaginaire.

Ainsi, cette rencontre sur le Murano a révélé combien le voyage est pour lui bien plus qu’un thème photographique : il est une manière d’être au monde, une ouverture constante à l’altérité. Son exposition est une invitation à voir autrement, à travers la sensibilité d’un regard qui transcende les frontières et révèle la beauté des cultures du monde.

© crédit photo : Marion Briffod

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Profitez des derniers jours de l’exposition pour la découvrir, jusqu’au 28 février 2025.